Au confluent de l’art, de l’histoire et de l’architecture industrielle

L’esprit humain nourrit, de longue date, un attrait et une fascination pour les accumulations. Jouant sur le fond, un outil scientifique permettant d’appréhender le monde, et sur la forme, l’effet hypnotique des séries, les époux Becher ont mis en valeur l’architecture industrielle européenne.

« Tipologie »​ par Vardar00, mai 2020. Photo d’une exposition des époux Becher CC BY-SA 4.0

Pour qui est familier de l’archéologie, les études typologiques sont un concept familier. Répertoires et classements raisonnés d’artefacts de même type, elles permettent aux spécialistes d’identifier parmi les vestiges les traces d’une civilisation. A partir de quelques tessons de terre cuite, de proposer par comparaison une première datation d’un site archéologique.

Dans leur œuvre commune, les photographes Bernd et Hilla Becher ont justement choisi de traiter leurs sujets sous forme de typologies. Jusqu’à en donner le nom à leur travaux. De la prise de vue jusqu’à la présentation des clichés, tout est fait pour s’inscrire résolument dans cette tradition scientifique.

En 1959, ils choisissent de photographier les bâtiments industriel des XIXe et XXe siècles, d’abord dans la vallée de la Ruhr, d’où est originaire Bernd, puis à partir de 1965 plus largement en Europe de l’Ouest et aux États-Unis.

Techniquement, ils s’imposent une procédure identique pour chaque prise de vue :

  • un ciel couvert pour éviter les ombres, obtenir une lumière neutre et identique
  • un cadrage et un angle de vue serrés autour du seul sujet pour l’isoler de son environnement
  • l’absence de présence humaine
  • une prise de vue en surplomb avec une ligne d’horizon fixée au quart de la hauteur de l’objet immortalisé
  • l’usage d’une chambre photographique et d’un téléobjectif pour obtenir une image détaillée et sans déformation

Les séries de photos sont ensuite organisées par types de bâtiments (châteaux d’eau, chevalement de mine, gazomètres, hauts-fourneaux, silos à grains, tours de refroidissement, etc.), de régions, d’époques et de formes.

Puis elles sont exposées ou même publiées par groupes de 6, 9 ou 15. L’intention est alors d’amener le spectateur à observer les similarités dictées par la fonction ainsi que les différences d’exécution. Et parfois, de manière inattendue dans un univers industrieux qu’on imagine à tort austère, mettre en évidence la recherche esthétique qui a présidé à leur conception.

Tout d’abord perçu comme des artistes d’avant-garde, Bernd et Hilla Brecher ont acquis par la suite, avec plus de 16 000 clichés, une notoriété qui leur a valu la reconnaissance de leurs pairs et du public.

On leur doit également, comme à d’autres artistes contemporains, une mise en lumière du patrimoine industriel. Au début de leur carrière, ceux de ces édifices qui étaient frappés d’obsolescence étaient souvent voués à la destruction sans remords ni regrets. Par sa beauté formelle, leur travail à contribué à la prise de conscience du bien-fondé de la conservation de ces bâtiments.